Active sur des groupes de soutien et d'entraide dédiés aux troubles dys, je lis souvent des messages de parents déboussolés. On vient de poser le diagnostic de trouble dys sur leur enfant ; ils savent qu'il a un problème mais n'ont pas compris exactement de quoi il retourne.

Le médecin n'a pas fait son travail de « vulgarisation » correctement, les explications n'ont pas été comprises, le jargon médical se révèle trop pointu, il y trop peu d'informations disponibles dans son pays d'origine...etc.

En bref, il ne suffit pas que le diagnostic soit effectivement posé. Il faut aussi s'assurer que les principaux concernés ont compris de quoi il s'agit et ce que cela implique au quotidien.

Alors voilà, c'est quoi la dyspraxie visuo-spatiale ?

La dyspraxie visuo-spatiale est un handicap cognitif . Ça veut dire qu'une partie du cerveau fonctionne mal Ce n'est pas l'intelligence qui est touchée mais les capacités manuelles (utilisation de la main), physiques (utilisation du corps), le repérage dans l'espace et les capacités d'organisation.

Les raisons de ce dysfonctionnement cérébral sont encore mal connues, c'est pourquoi la dyspraxie est considérée comme un trouble développemental (sans causes précises identifiées). Plusieurs mécanismes cérébraux sont en jeu et plusieurs hypothèses sont avancées. Je ne pourrais donc PAS être exhaustive, ce serait à la fois trop long et trop compliqué.  Mais, les études de Nicolson et Fawcett tendent cependant à prouver qu'une partie du cerveau est touchée en particulier :la mémoire procédurale.  Elle se situe à trois endroits dans le cerveau : le cervelet, le noyau caudé et le putamen. 

Et c'est assez logique puisque la mémoire procédurale, c'est la mémoire des gestes acquis. En clair, c'est grâce à elle que vous avez pu apprendre et surtout automatiser tous les gestes que vous avez appris depuis votre naissance. 

Par exemple :

  • Vous habiller seul : boutonner votre chemise sans problème, fermer une fermeture éclair...etc

  • Faire vos lacets

  • Manger avec des couverts, couper sa viande...etc

  • Verser de l'eau dans un verre (c'est un ensemble de gestes à effectuer, aussi anodin que cela paraisse.)

  • Écrire au crayon (chaque lettre représente une séquence de gestes à apprendre et répéter !)

  • Dessiner (idem que pour l'écriture !)

  • Manier un compas, une règle...et

  • Nager

  • Faire du vélo

  • Faire du ski, du football...etc

  • Cuisiner

  • Conduire une voiture

Tous ces gestes, vous n'êtes pas nés en sachant les effectuer. On vous a appris à faire tout cela dans votre petite enfance ou plus tard. C'est donc de l'acquis ; le résultat d'un apprentissage.

Eh bien, c'est grâce à votre mémoire procédurale que vous avez pu apprendre tous ces gestes, et surtout que vous pouvez les répéter aujourd'hui sans effort, sans même y réfléchir. La mémoire procédurale a « enregistré » pour vous tous ces gestes. De sorte qu'aujourd'hui, vous n'avez plus à faire aucun effort pour les effectuer.

 

Les 5 types de mémoire

La mémoire procédurale correspond ici au numéro 5 car normalement, vous n'avez pas besoin d'y faire appel consciemment. Une fois que vous savez faire du vélo, cela devient automatique ! (Non cette illustration n'est pas scientifique mais pédagogique, tu vas faire quoi?) 

Or, chez les dyspraxiques, la mémoire procédurale fonctionne mal ; chaque séquence de gestes est donc susceptible de nous poser problème.

La mémoire procédurale ne fait pas son travail d'automatisation des gestes. C'est pourquoi apprendre chaque acte gestuel nous prend du temps, voire se révèle impossible. Et même lorsque nous parvenons à apprendre ces actes, nous sommes plus lents et ça nous demande plus d'énergie car nous devons penser nos gestes. Nous sommes donc plus fatigables que la moyenne car nous devons faire des efforts là où les autres n'en fournissent pas.

Néanmoins, la situation n'est pas figée. Nos capacités manuelles ne sont pas les mêmes à 3 ans, à 7 ans et à 18 ans : nous progressons toujours. Avec un bon suivi et des rééducations (ergothérapie, psychomotricité...etc), nous résolvons totalement certaines de nos difficultés.

 

La mémoire procédurale gère aussi une deuxième chose  : le repérage dans l'espace 

Le repérage dans l'espace, c'est la capacité à :

  • (Re)connaître sa gauche et sa droite (même en mouvement ou concentré sur autre chose)

  • S'orienter sans s'égarer,

  • Savoir reconnaître un endroit,

  • Savoir lire une carte ou un plan

  • Reconnaître ou reproduire une figure géométrique.

  • Reproduire un trajet sans se perdre (à pied, en bus, en voiture...etc)

     

Normalement, c'est aussi grâce à la mémoire procédurale que vous savez faire tout cela.

Elle vous permet notamment d'aller de chez vous à votre travail, de l'école au supermarché sans vous égarer parce qu'elle automatise les trajets quotidiens. C'est d'ailleurs elle qui est la cause principale d'accidents en voiture car les gens perdent en concentration sur les trajets (trop) connus.

Aussi, une personne dyspraxique (visuo-spatiale) ne reconnaît pas forcément sa droite et à sa gauche, surtout si elle est en mouvement ou concentrée sur autre chose. Elle risque d'avoir du mal à se déplacer seule sans se perdre. Avec de l'entraînement, elle pourra automatiser des trajets mais cela lui prendra plus de temps et elle aura toujours besoin de plus de concentration pour éviter les erreurs.

 

La personne dyspraxique (visuo-spatiale) risque aussi de se perdre dans les bâtiments trop grands (collège, université, grande surface, hôpitaux...etc ) et aura peut-être besoin d'un guide.

Par conséquent, en classe, un enfant dyspraxique visuo spatiale risque aussi d'avoir du mal en géographie à cause des cartes ( tant pour les apprendre que pour les compléter car se rajouteront les difficultés manuelles d'écriture et de dessin évoquées plus haut. En géométrie, il cumulera également les difficultés de repérage dans l'espace et de graphisme (dessiner la figure, manier le compas, l'équerre...etc)

Enfin, la mémoire procédurale joue aussi un rôle dans nos capacités organisationnelles au sens large :

  • Rangement (chambre, cahiers, cartable...etc) et gestion d'un espace

  • Planification des tâches simples (voir le billet que j'ai écrit sur la dysfonction exécutive ici)

  • Gestion du temps ( conscience du temps, hyper focalisation sur une tâche...etc)

De ce fait, une personne dyspraxique risque d'être « bordélique », désordonné, étourdi...etc Elle perdra facilement ses affaires ou les oubliera...etc.

En ce qui concerne les autres troubles dys, je ne suis pas concernée hormis pour la dyscalculie. Il m'est donc plus difficile d'en parler mais le problème reste identique ; le cerveau fonctionne mal dans certaines zones d'apprentissage très spécifiques (c'est pourquoi les troubles dys sont tous de la même famille!) 

Ainsi :

-Pour la dyslexie, la dysorthographie et la dysphasie, les zones cérébrales touchées sont celles du langage (compréhension, expression écrit ou oral)

Pour la dyscalculie, ce sont les zones cérébrales traitant les chiffres qui sont touchées ( comptage, perception des quantités, lecture des chiffres trop grands, compréhension des calculs...etc)

Les causes du handicap

Les causes restent incertaines, avec une forte part de hasard ! Aussi, inutile de culpabiliser  

Il faut toutefois noter que les enfant prématurés (avec parfois une naissance difficile, un pronostic vital engagé pour la mère et /ou l'enfant) sont plus à risque d'avoir des troubles dys

Il y aurait (à prendre au conditionnel !) aussi un facteur génétique puisqu'on observe couramment des familles de dys ( frères-soeurs/ parents-enfants)

Mais encore une fois, ce n'est pas systématique. Je connais des amis dys qui n'ont eu aucun problème à la naissance et sont les seuls de leur famille.

Attention !

  • Les troubles dys vont souvent ensemble. Il peut arriver qu'une personne n'ait qu'un trouble dys mais ils voyagent souvent en groupes !

  • Il existe une comorbidité entre dys et autisme. Beaucoup de dys sont aussi autistes et réciproquement (je n'ai pas dit « tous! ») Le problème, c'est que parfois, l'un cache l'autre ou réciproquement.

  • Il existe une comorbidité entre diplégie spastique (handicap visible) et troubles dys .

  •  La dysgraphie (incapacité à écrire au crayon) découle de la dyspraxie puisque c'est la déficience de la mémoire procédurale qui rend parfois l'écriture impossible !

  • Les troubles dys varient en intensité selon la personne Au point que l'on dit que chaque personne a ses troubles dys à lui. Certaines personnes sont cérébralement plus touchés que d'autres !

    Donc :

  • Untel parviendra à apprendre l'écriture manuelle au prix de gros efforts mais tel autre devra recourir à un ordinateur. Tous les deux sont dyspraxiques mais pas avec la même intensité.

  • Celui-là pourra faire du vélo mais cela restera impossible pour celui-ci (idem pour la natation, le foot, le sport en général).

  • Pour celui-là le permis de conduire sera accessible mais pas pour tel autre

  • Celui-là réussira à compenser sans même qu'on voit sa dyspraxie pendant des années, tel autre aura besoin d'aide. (et ce n'est pas grave)

Cette vidéo résume le fonctionnement des différentes mémoires. Vous trouverez un résumé du fonctionnement de la mémoire procédurale vers 4:00 

10 choses insensées que votre cerveau sait faire sans e-penser - Ep.20 - e-penser