1. Avec les autres

 

Vous savez, des fois, je pense que la vie aime les blagues... Un jour, Dieu s'est dit :

 

« Hum... Je vais créer des personnes aux capacités intellectuelles parfaitement normales,aussi intelligentes que les autres intérieurement, mais qui seront physiquement incapables de faire les trucs les plus cons... Une sorte de Pierre Richard... Ou de Jacques Tati. Ça va bien les faire chier ! »

 

Et voilà comment est arrivée la dyspraxie (visuo-spatiale)...

 

DES BARRES !

 

Parce que, soyons honnête, vu de l'extérieur, tu ne peux pas être pris au sérieux par autrui quand tu es pathologiquement maladroit.

Description des images: Bambi le faon (de Disney) qui trébuche sur un tronc d'arbre puis sur une haute herbe)

Source: ExterneSource: Externe

 

Et c'est vrai que, dans un certain nombre de situations, j'ai moi-même du mal à ne pas me définir comme le modèle même du boulet.

Tu sais : LE BOULET …

 

Le GROS boulet.(decription de l'image : un boulet de prisonnier avec une chaîne sur un fond blanc)

 

 

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- Ne pas savoir faire ses lacets

 

- Devoir reboutonner sa chemise 3 fois de suite parce que tu n'arrives pas à trouver les bons emplacements

 

- Essayer de replier un vêtement... Ne pas (vraiment) y arriver... Le ranger (très mal) dans ton placard.

 

- Ne pas réussir à ouvrir la brique de lait au petit-déjeuner... En mettre partout... Ramasser.

 

- Ne pas trouver quelque chose dans le frigo... Demander... La personne la trouve en 2 secondes, c'était juste devant toi

 

-Galérer à ouvrir une porte un peu dure. Stresser parce que tu vas être en retard... Y arriver après 6 essais de suite.

 

- Galérer à monter dans le bus, à reprendre la monnaie qu'on te tend et à tenir tes deux sacs sur l'épaule en même temps.. Faire tomber une pièce... Te baisser pour essayer de la récupérer... Ne pas y arriver... Faire tomber tes deux sacs... Prendre 3 heures pour tout ramasser

 

- Basculer en avant quand le bus démarre parce que t'as aucun équilibre

 

- Se rendre compte que tu t'es trompé de bus parce que tu ne t'es pas bien repéré

 

- Se rendre compte que tu as oublié ton téléphone/tes clé en partant

 

- Arriver dans un nouvel endroit. Stresser parce que tu ne sais pas t'y repérer... Hésiter parce que tu sais pas par où entrer... Passer pour un débile parce que tu n'arrive pas à ouvrir la porte

 

- Ne pas reconnaître / ne plus se souvenir du nom des personnes que t'as déjà vu hier et avant-hier, et les semaines avant....

 

- Galérer à décaler ta chaise lorsque tu dois la bouger de 5 cm.

 

-Devoir recommencer 5 fois de suite lorsque tu dois dénombrer des objets d'un nombre supérieur à 3 (thanks dyscalculie)

 

- Galérer pour faire ses papiers cadeau (le scotch, le pliage, et les nœuds , c'est le Diable, bro)

 

- Expliquer à une personne ignorante que, non tu ne peux pas écrire au crayon... Ni aller quelque part sans galérer... Ni effectuer aucun acte manuel, même le plus basique (simple).

 

...Etc...Etc..Etc. Je pourrais continuer la liste longtemps comme ça.

 

Et encore, ça c'est rien. Ce sont des détails . Je rends hommage à toutes les personnes qui ont dû supporter ma maladresse pathologique dans toutes sortes de pratiques sportives (à l'école en équitation, mais j'y reviendrai plus tard)

 

Le problème, c'est que les gens ont beaucoup, BEAUCOUP de mal à concevoir qu'on puisse être très intelligent et ne pas savoir faire ses lacets. Surtout quand le handicap est invisible.

 

Pourtant c'est le cas de nombreuses personnes : Einstein (qui était autiste, (et peut-être aussi dyspraxique) est mort sans savoir faire ses lacets.

 

Josef Shovanec, autiste, parle 25 langues, a fait Sciences Po, mais affirme qu'à l'heure actuelle il ne maîtrise toujours pas les prérequis pour passer en grande section...

 

. Parce que, cognitivement, ça n'a rien à voir. Les zones du cerveau qui gèrent les actes manuels, même les plus « simples » et les zones du cerveau qui gèrent les opérations intellectuelles ne sont pas du tout les mêmes.

 

On peut donc avoir une « déficience » des actions manuelles/physiques tout en ayant un prix Nobel de physique.

 

Qu'une personne soit en fauteuil et intelligente, les gens le conçoivent (et encore, pas tout le monde) parce qu'ils se rendent bien compte que le fait de pouvoir bouger ses jambes n'a rien à voir avec le fait de faire fonctionner son intellect.

 

Par contre, quand le handicap est invisible, que la personne marche, et semble simplement «très maladroite » de l'extérieur, dans la tête des gens, tu as deux possibilités :

 

- Soit, tu n'es pas handicapée... Tu es juste un boulet  (encore lui !)

description de l'image: un boulet de prisonnier accroché à une chaîne, sur un fond blanc).

 

 

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Et d'ailleurs, si tu essaies d'expliquer ton handicap, on pense souvent que "c'est dans ta tête ».

 

- Soit, tu es handicapé mental.

 

Allez... Choisis... Tu préfères quoi ?

 

Sans déconner, j'ai souvent vu des personnes habituées à me fréquenter dans un cadre où j'étais en difficulté (en sport, par exemple) ouvrir de graaaands yeux quand ils apprenaient que j'ai obtenu un bac avec mention TB, que je lis énormément, ou que j'ai fait prépa.

 

Comme si le fait d'être maladroit, d'avoir des gestes « gauches », comme me l'a dit si diplomatiquement une pédiatre, un corps un peu lent, un peu gourd, m'empêchait de me servir de ma tête...

 

Ça ne veut pas forcément dire que les gens sont méchants et te prennent pour le gros débile du coin...

 

Non,non, non, toi, tu n'es pas Hodor (puisque tu n'es pas « vraiment handicapé »,hein !) C'est presque pire.

Source: Externe

 

 

 Toi, tu es Simplet

 

Source: Externe

 

 

Tu sais, la personne dont on dit « elle est gentille ». Ce n'est pas la plus débile du monde, mais elle n'a pas inventé la poudre...

 

Et même dans un milieu où on valorisait plutôt les capacités intellectuelles, (en prépa) ; comme je ne paye pas de mine, que je suis discrète et handicapée, ça a été un étonnement général quand il s'est avéré qu'au premier trimestre j'étais classée 10 ème sur les 40 élèves présents.

 

Un mec (très gentil, d'ailleurs) m'a même dit

 

« Eh,bah, dis donc, tu caches bien ton jeu, toi ! »

 

Ça m'a bien fait rire.

 

En fait, je trouve ça assez marrant... Assez peu rationnel aussi. Cette association plus ou moins consciente que les gens font entre l'esprit et le corps. Je la conçois, car il est compliqué de dissocier les deux, mais il faut bien comprendre que la finesse ou l'habileté de l'esprit ne dépend pas de la finesse/ de l'habileté du corps.

À cause de ça, les gens ont tendance à te sous-estimer et tombent souvent des nues quand ils commencent à te connaître un peu.

 

Si toutefois, ils prennent le temps de te connaître, car,partant du principe que tu es Simplet, ils vont rarement chercher plus loin. D'emblée, ils ont tendance à t'infantiliser, à te parler comme si tu avais 3 ans. À chercher à t'aider, mais pas à voir ce qu'il y a derrière la maladresse. Tu ne peux pas vraiment le leur dire, car ils ne rendent même pas vraiment compte. Et, en général, la « relation » reste donc superficielle ;

 

Il faut donc s'habituer plus ou moins à cette espèce de carapace de maladresse globale, qui va créer comme une vitre transparente entre toi et les autres, qui va cacher tes capacités intellectuelles et personnelles à toutes les personnes qui ne prennent pas réellement le temps de creuser.

Bref, c'est compliqué avec les autres, mais c'est aussi compliqué par rapport à nous-mêmes... J'y reviendrai très bientôt

 


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