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Alors voilà, de mes 3 ans à mes 14 ans, j'ai eu une AVS. 

Vous savez, cette personne sous-payée, précaire et mal formée, qui accompagne les élèves handicapés en classe.

Beaucoup de gens (notamment des écoliers mais pas que...) pensent que l'AVS est là pour faire le travail à notre place (j'ai même vu des profs répandre ce stéréotype), mais c'est évidemment faux, 

En réalité, l'AVS est là pour nous décharger des tâches annexes qu'on ne peut pas toujours faire nous-mêmes, qui nous prennent du temps, de l'énergie et nous pénalisent pour rien.  

Par exemple, elle va: 

  • Recopier ou photocopier les cours de l'élève parce qu'il a du mal à écrire à la main,
  • L'aider à s'organiser,
  • lui faire son cartable le soir en vérifiant qu'il n'oublie rien,
  • Reformuler  les consignes 
  • L'accompagner à la cantine...etc 

Elle peut faire un peu de soutien scolaire si besoin mais ce n'est pas son travail principal.  Et d'ailleurs, elles n'ont pas les qualifications pour enseigner (pour la majorité, elles n'ont pas ou peu de diplômes, les conditions de recrutement étant très insuffisantes) 

Bref, je tiens à dire que dans l'ensemble, les AVS sont des personnes gentilles, attentionnées et équilibrées qui font de leur mieux avec peu de reconnaissance à la clé et un salaire ridicule.  

Mais, je voudrais quand même parler de ce qui se passe quand ça "beugue". 

 Parce que, oui, les AVS déséquilibrées, maltraitantes ou incompétentes, ça existe.

Et ce n'est pas étonnant vu que les critères de sélection, c'est n'importe quoi. Je crois qu'elles ne passent même pas de test psychologique pour vérifer qu'elles sont aptes à travailler avec des enfants. Alors que c'est la base, quand même. 

Alors allons-y : 

Le jour où ça a commencé à "beuguer" j'étais en CM1. J'avais la même AVS depuis l'année précédente.  Appelons-la "Sofia" . On s'entendait à merveille.   Elle était très efficace dans son travail. Grâce à elle, j'avais même vaincu ma peur de l'eau pendant les leçons de natation.  Rien ne laissait penser que ça allait déraper.  Je lui faisais toute confiance. 

Et puis, un jour, Sofia est arrivée et elle était de mauvaise humeur.  Bon... ça arrive, me direz-vous. Et c'est ce que j'ai pensé aussi. 

Mais à partir de ce jour-là, elle fût de mauvaise humeur tous les jours.

  Et quand je dis "de mauvaise humeur", c'est un euphémisme: elle ne me parlait plus. Elle refusait de s'asseoir à côté de moi comme elle l'avait toujours fait. Elle s'installait sur la fenêtre derrière moi et passait son temps à me crier dessus. Le travail n'était jamais fait assez vite.  Elle exigeait que je me dépèche toujours plus.  Quand elle ne gueulait pas, elle jouait au "solitaire" sur l'ordinateur au lieu de faire son job. 

Il faut bien comprendre une chose : c'est arrivé du jour au lendemain sans raison apparente. J'étais une bonne élève, travailleuse et calme.  J'avais de très bons résultats scolaires, elle pouvait donc être satisfaite de son travail.   Nous n'avions jamais eu la moindre dispute. 

Nous avons supposé par la suite, avec mes parents,  qu'elle en avait tout simplement assez de son travail. Ce qui est logique quand on sait à quel point les AVS son peu payées et peu reconnues.  D'ailleurs, on a appris plus tard qu'elle avait recommencé son cirque avec un autre enfant. Ce n'était donc pas dirigé. contre moi. Mais à l'époque, un tel changement me paraissait totalement incompréhensible. Je me sentais coupable sans savoir de quoi, puisqu'elle reportait sur moi sa frustration et sa déprime.  

Peu de temps après, l'institutrice s'y est mise aussi. Je ne sais pas ce qu'elle s'était racontées toutes les deux mais le résultat était là : l'institutrice qui, quelques semaines avant me considérait comme une bonne élève, m'a prise en grippe. 

Une fois, elle a piqué un scandale devant toute la classe parce que je ne venais pas lui dire bonjour dans la cour (je la saluais tous les matins en entrant en classe et je n'osais pas aller l'interrompre durant la récréation pour ça)

Quoi qu'il en soit, c'est vite devenu intenable et avec ces deux harpies sur le dos, je n'osais même plus participer en cours.  Du coup, l'AVS m'engueulait parce que je ne participais plus. (oui,c'est absurde) .  Je pleurais tous les matins en allant à l'école.  On a fini par renvoyer l'AVS. Mes parents ont mis un coup de pression à l'institutrice, qui s'est calmée illico. 

 

 N'empêche que j'ai gardé une drôle d'impression de cet "incident" (qui a quand même duré plusieurs mois) :

L'impression que mon handicap est "chiant" pour les gens. Que c'est quelque chose qui les agace et les lasse.. Jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus me supporter.  Même pour la personne la plus gentille. 

  Que les gens sont instables.   Même ceux qui ont l'air "gentils". Que leur affection n'est pas sûre.  Pas durable. 

Et surtout, qu'il fallait que je fasse beaucoup plus d'efforts, que je sois encore plus gentille et docile pour compenser le fait que mon handicap est "chiant" pour les gens.  Pour qu'ils ne finissent pas par me trouver insupportable. 

Ah oui, c'est ce qu'on appelle la sentiment de culpabilité . Merveilleux.