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Bonjour à tous, 

Et voilà, c'est la rentrée (malheureusement!) et comme tous les ans, je vois fleurir autour de moi des articlesdes témoignages sur les AESH / AVS... ou plutôt sur leur absence ! 

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AVS,où t'es, bordel ?!

Face à ce déluge annuel, j'ai pensé qu'il était temps que je me remette au boulot et que je fasse enfin ce témoignage sur les AVS que je vous avais promis. 

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Faut que je retourne au taf, moi... 

Alors voilà... 

Malheureusement, il n'est pas nécessairement rassurant pour les parents qui s'inquiètent ou se posent des questions... mais je m'en suis bien sortie, finalement, et j'espère que ça vous permettra de prendre du recul.. Quelles que soient les difficultés, ayez confiance en vos enfants... Ils sont plus résistants que vous ne le croyez. Mais surtout, sachez-les soutenir et les protéger en toutes circonstances. Leur force dépend aussi, largement, de la vôtre. Et de votre tendresse aussi. 

Déjà, il faut savoir que, par rapport à beaucoup d'enfants "dys", j'ai eu la chance d'avoir une prise en charge rapide, (dès l'âge de 3 ans) , et efficace : ordinateur, temps supplémentaire, rééducations et AVS...

Pour beaucoup d'enfants, obtenir simplement une AVS relève déjà du parcours du combattant. 

 

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Pour une école inclusive!!  Chaargez !!

 J'ai donc conscience d'avoir eu de la chance, jusqu'à un certain point. 

Malheureusement, je n'ai pas échappé pour autant à d'autres problèmes que j'avais déjà évoqués dans mon premier billet : 

  • Les AVS  manquant de compétences (scolaires, universitaires)  

  • Et surtout, les AVS déséquilibrées ou maltraitantes  (oui, maltraitantes


Bref, passons aux faits... 

Maternelle-début primaire 

J'ai eu des AVS dès mes premières années de maternelle mais j'étais trop jeune. Je ne me souviens pas bien d'elles. Je sais juste que ça se passait bien.  Et ma scolarité s'est déroulée sans problème jusqu'au CE1- CE2. 


CE1 

En CE1, on m'a attribué (encore) une nouvelle AVS. Appelons-la S...

S... ,donc, était très jeune, très gentille, très pédagogue, très impliquée dans son travail, et semblait équilibrée.  Elle avait toutes les qualités requises pour être une excellente AESH . J'ai passé une première année avec elle, et je l'aimais beaucoup.

Le lien entre un enfant et son AVS est compliqué à décrire. Je voyais S... à mi-chemin, entre une amie, une "assistante scolaire" et une grande sœur. Il y a une relation de subordination qui se met en place puisque l'une des personnes aide l'autre, mais ça n'empêche pas l'affection.   

Ce lien peut  vraiment être très fort, et c'est pourquoi il est totalement absurde de retirer sans cesse les AVS aux enfants au bout de 2 ou 3 ans. Quid des sentiments d'amitié, d'affection, de reconnaissance, qui se tissent entre ces deux personnes ? On s'en fout? 

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Bref, mon CE1 se passa comme sur des roulettes et tout semblait indiquer que mon CE2 se déroulerait aussi bien... 


CE2 ; La merde 

Je suis donc arrivée tranquillement en septembre, sans inquiétudes particulières. Et tout se passa bien, du moins dans les premiers temps.

Et puis, il s'est produit quelque chose...  Je n'ai jamais su ce qui s'était passé... Jamais compris. Sans blague, j'aurais bien aimé y piger quelque chose, ça aurait donné du sens à tout ce bazar, mais je n'ai jamais eu d'explications.  

Avec le recul, je suppose que S... en avait assez de ce travail, de sa précarité,de sa faible rémunération et qu'elle a donc « pété un câble ». C'est compréhensible, quand on connaît les conditions de travail des AESH. J'aurais juste aimé ne pas en être la victime.  

Quoi qu'il en soit, S... est arrivée un matin de très mauvaise humeur. C'était inhabituel mais ça ne m'a pas alarmée, j'ai juste pensé qu'elle n'allait pas bien aujourd'hui. ça peut arriver à tout le monde, non?   

Seulement, à partir de ce jour-là, S fut de mauvaise humeur TOUS LES JOURS; : elle ne me parlait plus. Auparavant, elle s'asseyait à côté de moi en classe. Désormais, elle préférait s'user les fesses sur le rebord de fenêtre du fond de la classe plutôt que de venir près de moi. Chaque fois qu'elle m’adressait la parole, c'était pour m'engueuler. La vitesse était devenue son obsession, le travail n'allait jamais assez vite pour elle. Du bord de sa fenêtre, je l'entendais sans cesse me lancer sur un ton furieux : « Allez !! », « Dépêche-toi !! », « Plus vite !! », « C'est lent !! » Ça n'avait jamais posé de problèmes auparavant, pourtant. Ça a fini par me mettre sur les nerfs. Je n'osais plus lever la main en classe non plus, car, si je me trompais, je prenais un savon.

Elle me grondait pour des motifs bénins, ridicules. Tant et si bien que je finis par ne plus vouloir aller à l'école et que je pleurais tous les matins. Je finissais pas être angoissée pour rien. Un matin, au petit-déjeuner, j'ai fondu en larmes sous les yeux éberlués de ma mère, parce que je croyais ne pas avoir assez bien appris une leçon la veille et que j'imaginais ce qu'elle allait me passer.

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Par ailleurs, elle ne faisait plus son travail et passait son temps à jouer sur l'ordinateur en classe.

Pire, l’institutrice s'y était mise aussi. Pourtant, je la connaissais, c'était la même que l'année précédente et je n'avais jamais eu de problème avec elle, au contraire. J'étais toujours une très bonne élève, calme, timide, docile, au travail exemplaire... Alors quoi ?

Mes parents ont supposé qu'elles s'étaient mises en tête que je n'avais plus ma place dans la classe, que j'étais un poids et que l'on devait donc me mettre dehors... pour une institution ? Pourquoi pas. Ça arrive tous les jours, ce genre de choses.

Je me souviens de deux incidents qui montrent bien l'absurdité de ce que je subissais. Un jour, par exemple ,l'institutrice a piqué une crise devant toute la classe parce que je ne venais pas la voir pour la saluer dans la cour de l'école. J'étais donc une petite fille « hautaine », « prétentieuse » et « malpolie » qui « l'ignorait superbement » Je la saluais pourtant tous les jours en entrant en classe. Et si je n'allais pas lui dire bonjour dans la cour, c'est précisément parce que je savais que je pourrais le faire en entrant dans la salle. D'autre part, à l'extérieur, elle était toujours occupée à discuter avec d'autres professeurs, et j'étais trop timide pour oser les interrompre.

Une autre fois, c'était la fin de matinée, nous suivions une leçon (sur les volcans, si je ne me trompe pas).

J'écoutais attentivement (le sujet m'intéressait) mais je ne participais plus. Trop peur des deux harpies qui m'entouraient.

Tout d'un coup, S... (qui n'avait pas ouvert la bouche depuis un moment) me chuchota : « Tu ne participes pas ! Lève la main ou je referme ton cahier ! »

Mon cahier de « SVT » (il était bleu) était ouvert entre nous. La page était vierge,car la leçon était encore sur mon ordinateur. On l'imprimerait plus tard. Il ne me servait donc à rien, pour l'instant. Mais je savais que si l'institutrice se rendait compte que le cahier était fermé au beau milieu de la leçon, elle risquait de sauter sur l'occasion pour me le reprocher. On n'était jamais trop prudent ces temps-ci...

Je n'ai pas répondu à la provocation, mais j'ai posé ma main en travers des pages pour lui signifier clairement qu'elle n'avait pas intérêt.

Ça ne l'a pas découragée pour autant et elle a insisté plusieurs fois . Je refusais toujours de répondre. Elle me déconcentrait,je n'écoutais plus rien, trop occupée que j'étais à la surveiller.

Tout d'un coup, elle m'a claqué le cahier sur la main. J'ai voulu le rouvrir, mais elle m'en empêchait. Elle était plus forte que moi. À ce moment-là (comme par hasard ! ) l'institutrice se retourne, voit mon cahier refermé et commence immédiatement à tempêter :

« Non mais, dis donc, toi, dis tout de suite que la leçon ne t'intéresse pas ! Tu ne veux rien faire, c'est ça ? La leçon n'intéresse pas mademoiselle ?! »

L'engueulade dura bien dix minutes jusqu'à ce que la sonnerie du midi me délivre. S... n'avait pas dit un mot pour me défendre,n'avait même pas admis qu'elle était responsable de l'incident.

Je suis sortie choquée et en larmes. Je n'avais que 8 ans, après tout, et je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Comment les choses avaient pu dégénérer à ce point, avec une personne en qui j'avais toute confiance quelques semaines auparavant ? Je cherchais sans cesse ce que j'avais pu faire de mal pour justifier un tel revirement. Je pense que c'est pour ça que cette période m'a tant marqué. On peut digérer une déception, une trahison de quelqu'un qu'on apprécie dès lors que l'on comprend pourquoi il agit comme ça. Mais si l'on ne comprend pas, les choses prennent un tout autre angle. Cela devient absurde.

L'incident décida mes parents à agir sérieusement pour virer l'AVS et ils réussirent. J'appris plus tard qu'elle avait recommencé ses conneries... avec un autre enfant. J'espère qu'il s'en est sorti, lui aussi.

La suite dans le prochain épisode... Il sera plus court, c'est promis !