Salut ! 

 

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Ayant eu la chance de naître dans une famille de grands lecteurs, la bibliothèque de mes parents possédait certains vieux livres totalement oubliés et pourtant magnifiques ... qu'ils m'ont laissés 

J'ai décidé d'en sélectionner 2 aujourd'hui pour vous en parler ! 


 

1) La ligne droite de Yves Gibeau 

Handisport et résilience 

 

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"De sa main valide, Stefan triturait son pain, en arrachait parfois un peu de mie qu'il portait à sa bouche d'un geste lent, distrait, comme pour tromper son désoeuvrement. Il ne cessait de regarder le chien allongé au fond de la pièce, le museau sur ses pattes, qui paraissait le contempler aussi, le surveiller. 

"J'aurais dû te couper ta viande ! s'écria Helga. Il fallait parler, voyons ! Tu ne dois pas te géner avec moi...

Il étendit son bras pour l'en empêcher, puis la laissa faire, mais sans se départir de sa froideur, tandis que Julius Henckel, s'arrêtant de manger, se reprochait tout à coup son manque de prévenance au restaurant de Munich. Stefan s'était abstenu de réclamer son aide, par fierté sans doute. Et lui avait insisté stupidement : "Mange au moins ta viande, Stefan !" 

 

Résumé : 

1947 en Allemagne. Le pays sort tout juste du nazisme et de la guerre qui l'a mis à terre. Parmi les milliers de jeunes soldats portés disparus,  Stefan Volker,20 ans, grand espoir de l'atlétisme, spécialiste de l'épreuve du 800 mètre. Son entraîneur Julius Henckel, qui l'aime comme son propre fils,  l'a recherché désespérément pendant 2 ans en vain. Enfin, un ami lui apprend qu'on aurait retrouvé sa trace à Munich. Julius s'y rend sans grand espoir et retrouve  en effet son fils prodigue, défiguré par un éclat d'obus, amputé d'un bras, mais  surtout traumatisé, aigri par son nouveau statut de personne handicapée et bien décidé à ne surtout pas renouer avec son passé ... Entre pitié mal placée, maladresses, brutalité, comment aider quelqu'un qui  ne souhaite que la solitude et l'oubli? Comment supporter la sollicitude, la pitié, l'incompréhension d'autrui ?  Comment redonner un sens à sa vie quand on a tout perdu? Comment retrouver son identité,  sa dignité quand une telle fracture sépare le passé et le présent ?  Peut-être bien par le sport... 

Avis : 

A mon sens, c'est l'un des rares romans à savoir parler de handicap et de résilience avec finesse mais aussi de relations familiales et amicales lorsque le handicap vient s'imiscer dans l'affaire. Bien loin des leçons de morale, des bons sentiments et des sentences faciles que l'on retrouve aujourd'hui à tire-larigot dans tous les livres et films qui en parle, Yves Gibeau trace un portrait tout en finesse et en douleur de Stefan Volker, admirable dans sa dignité, et son entêtement. Quand on perd tout, quand on se sent inutile, quand notre corps nous paraît stérile, que notre indépendance est compromise, l'orgueil et la fierté sont  les barrières que l'on dresse pour garder un semblant de dignité Stefan Volker est tout orgueil, décidé à porter seul son fardeau, décidé à ne pas craquer, à ne pas demander d'aide, à ne laisser personne s'occuper de lui comme un infirme.... quitte à repousser tout le monde avec pertes et fracas et à tout envoyer au Diable. On est bien loin de l'image d'Epinal de "l'handicapé courageux et toujours de bonne humeur" que tant de valides nous collent sur le dos. Stefan Volker a, certes, un courage de lion mais aussi et surtout des épines de hérisson partout, comme beaucoup de blessés de la vie. Et c'est tant mieux car c'est cet orgueil qui va l'aider à se relever. 

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2) La cicatrice de Bruce Lowery 

Harcélement scolaire et handicap 

 

 

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"Maman, Dieu est bon n'est-ce-pas? 

-Mais oui, bien sûr, mon petit

-Alors, si Dieu est bon, pourquoi m'a t-il fait ma cicatrice?" 

 

Résumé 

Ceci est un récit autobiographique 

Jeff a 11 ans et tout va pour le mieux dans sa vie : il a des copains, une famille aimante et très attentive à qui il "peut tout dire", un frère cadet âgé de 4 ans nommé Bubby, alias "le petit frère le plus adorable du monde" ....

Ou du moins, tout irait pour le mieux dans la vie de Jeff s'il n'avait pas sa "cicatrice" sur la lèvre dont il ne connaît pas l'origine et qui le perturbe. En réalité, c'est la trace d'un petit "bec-de-lièvre" bien réparé. 

Et puis, un jour il arrive dans une nouvelle école et dès le premier jour, c'est le drame :  tout le monde se moque de lui. Dès lors, il devient "Grosse Lèvre" pour les camarades de sa classe et sa vie tourne au cauchemar... Heureusement, il y a Willy, un garçon plus mûr que les autres, qui a la gentillesse de tendre la main à Jeff. Alors que les choses commencent à peine à s'améliorer grâce à la bonne influence de Willy, Jeff fait une grosse erreur qui va lui coûter bien plus que la vie...

 

Avis : 

 Aux âmes sensibles ,ce roman n'est pas joyeux et c'est rien de le dire ! Mais là encore, c'est un récit tout en finesse et en douleur qui marque profondément son lecteur. Là encore, Jeff ne correspond pas à l'image classique de "l'handicapé courageux et toujours de bonne humeur". Certes, c'est un enfant innocent et avant tout, une victime. Mais, loin d'être parfait et mis dans une situation dans laquelle il est totalement déstabilisé, il commet une succession de petites erreurs qui vont l'enfoncer de plus en plus vers le fond,  puis finalement fait une grosse erreur qui va lui coûter tout ce qu'il a de plus chère: l'innocence, la confiance, son ami et même sa famille... jusqu'à l'irréparable. Les prémices de l'histoire prépare bien le terrain ; déjà on voit comme la "cicatrice" physique de Jeff a crée une cicatrice beaucoup plus profonde dans son âme . Son incompréhension et celle des autres face à sa différence font de lui un enfant tourmenté, peu sûr de lui, et peu sûr du monde qui l'entoure, hormis de sa famille en qui il a toute confiance.En cela le roman est très intéressant : il a l'intelligence de montrer l'extrème gravité que peuvent avoir certains actes et certains mots qui paraissent anodins. Car, après tout, l'histoire de Jeff est très banale: un enfant différent qui se fait chahuter par ses camarades, on voit ça tous les jours... Et la différence de Jeff est très peu visible et très peu grave :une simple cicatrice sur la lèvre... Pourtant, cette situation banale va avoir des conséquences dramatiques, au point d'échapper totalement à celui qui en est victime, et même à ceux qui la provoquent. Une bonne mannière de comprendre qu'aucun acte malveillant n'est anodin et que la mondre parole peut avoir de lourdes conséquences.... 

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